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"Plus que jamais, il faut faire le Grand Paris" interview de Thomas Hantz

"Plus que jamais, il faut faire le Grand Paris" interview de Thomas Hantz, président d'Acteurs du Grand Paris

Vie du Club, hommage à Jean-Philippe Ruggieri, analyse de la crise et pistes de reconstruction, Thomas Hantz revient sur les événements majeurs qui ont jalonné ces derniers mois et évoque le Grand Paris comme premier levier de la sortie de crise.


Les Acteurs du Grand Paris viennent de vivre une année folle...


A tous égards ! Les Acteurs du Grand Paris ont 9 ans et ont connu l'année la plus active de leur histoire. Nous avons multiplié les activités, organisé le cycle de rencontres avec les têtes de listes à Paris, l'inoubliable visite de Rungis et de l'aéroport d'Orly... Nous avons partagé des moments très riches sur le fond comme sur le plan humain. Une année foisonnante, passionnante avec des liens d'amitié resserrés. Et puis, comme pour tout le monde, notre élan a été stoppé net par la crise. Heureusement, tous les membres du Club vont bien. Nous nous retrouvons, le programme sera dense et le partage au rendez-vous.

Les membres du Club ont été marqués par le décès de Jean-Philippe Ruggieri...


Son décès nous a profondément touchés. Une peine, une tristesse, à la mesure des qualités de Jean-Philippe. Nous l'avions reçu juste avant la crise. Professionnel engagé, homme de dialogue et d'idées, c'était un humaniste, un visionnaire, un être d'une profonde gentillesse. Son souvenir et ses valeurs sont un héritage que nous entretiendrons longtemps.

Quel regard portez-vous sur la crise ?


La pandémie est un puissant révélateur d'invisibilités. D'abord, de toutes celles et ceux qui occupaient jusqu'à "le bas de l'échelle", ceux que la société voyait à peine et qui sont tout à fait indispensables à nos vies. Quel mérite, quel courage ont-ils eu aux pires heures de la crise lorsque tous les doutes étaient permis ! Il y a là matière à réinterroger notre chaîne de valeur sociale et symbolique.

Les invisibilités, ce sont aussi la ségrégation territoriale, les violences sur les femmes et les enfants, mais aussi des milliers d'inégalités de destin révélées par des indicateurs comme le faible taux d'équipements informatiques des familles défavorisées qui annule toute possibilité de scolarisation à distance. Je pense aussi à cet appel du maire de Clichy-sous-Bois, Olivier Klein, à la lumière crue qu'il a jetée sur la question de l'alimentation : en France, des centaines de milliers de personnes ne peuvent pas manger à leur faim sans l'aide publique et les associations tiennent littéralement des quartiers entiers à bout de bras.


Quelles conséquences en tirer ?


2020 marquera vraiment le véritable début du XXIe siècle. La relecture des scénarios du rapport Meadows est édifiante à la lumière de la situation actuelle et nous ne pouvons plus regarder ailleurs. J'en retiens qu'une relance classique, carbonée, aurait une durée de vie de 20 ans car ensuite, la dégradation de la planète qui en découlerait serait si forte que le processus d'effondrement serait irréversible concernant l'eau, l'air, la démographie (famines, crises sanitaires etc.). Or, tout ce que nous entreprenons dans le Grand Paris comme les infrastructures, l'urbanisme, l'industrie, la transition énergétique, qui sont les ressorts de cette relance, aura une empreinte qui marquera plusieurs décennies, parfois plusieurs siècles. 

Cela illustre parfaitement le dilemme de l'action immédiate, dans des conditions données, et son impact à long terme.

Il faut donc réfléchir et agir vite, en s'appuyant sur la conscience encore vive de notre vulnérabilité. Nous avons à préparer l'avenir, à faire la relance, et, dans le même temps, à nous occuper de la finitude du monde. Pour cela, il faut mettre en œuvre ce que Hubert Védrine appelle la nécessité de "tout écologiser". 


Comment faire la transition écologique ?


Le faible coût de l'argent constitue une opportunité inespérée pour réaliser la transition écologique. C'est nécessaire dans les métropoles qui, bien que vertueuses du point de vue de la mutualisation des réseaux et des équipements, sont aussi génératrices de pollution. Les travaux de notre Club ont fait émerger un début de consensus sur le concept de société de projet dédiée à la transition écologique. Son modèle serait celui de la Société du Grand Paris : un objet unique, des ressources affectées et la capacité à lever de la dette à long terme. Elle pourrait même associer public et privé. 

D'après une étude de la Caisse des Dépôts, la seule rénovation thermique des bâtiments privés coûterait 30 milliards d'euros par an pendant 10 ans. Pour les bâtiments publics, 12 milliards pendant 3 ans. Le tout générerait 2,1 millions d'emplois non délocalisables, créant une dynamique positive sur la formation et l'apprentissage pour permettre aux entreprises de répondre aux immenses besoins.

Le cercle vertueux bien décrit par l'économiste Gaël Giraud s'enclencherait alors, la croissance ainsi générée contribuant aux financements des opérations de la transformation écologique. C'est la même mécanique que celle du Grand Paris Express dont le coût sera, certes, de 35 milliards d'euros mais qui générera 10 milliards de PIB supplémentaires par an, près de 60 milliards de valeur sociale et devrait susciter 80 à 100 milliards d'investissements privés dans les 68 futurs quartiers de gare.


Les enjeux sont immenses...


Oui ! Et, pour ne citer qu'elle, l'expérience de milliers d'étudiants, confinés dans des logements si j'ose les qualifier ainsi, dépourvus de toutes aménités, démontre qu'il faut en finir avec les habitats inadaptés en tous genres. En outre, de nombreuses contre-vérités ont été exprimées sur la pandémie dans les métropoles. Evidemment, parce qu'elles sont très peuplées, les grandes villes sont très touchées. Mais proportionnellement, pas plus que certaines villes moyennes, tout en bénéficiant d'une résilience beaucoup plus puissante. Grande ou moyenne, quels ont été les points communs des difficultés des villes ? La surpopulation des logements et l'indigence chronique des habitats. Voilà les ennemis de la vie pendant le confinement qui sont aussi les ennemis à combattre pour proposer une qualité de vie durable dans les métropoles. J'y ajoute, bien sûr, le désenclavement des territoires oubliés. Seule une mise en connexion de tous les territoires entre eux et avec la ville-centre permet aux habitants d'une aire urbaine de partager un destin commun.


Que penser de la densité ?


Une note de la Fabrique de la Cité montre bien que la dynamique de l'épidémie est liée non à la densité de population en tant que telle mais à l'intensité des contacts sociaux. Ceci explique pourquoi certaines villes, très densément peuplées, ont été in fine peu affectées par la Covid-19, comme Singapour. 


A l'inverse, les premiers clusters en Europe et aux USA sont apparus dans des périphéries plutôt pavillonnaires. La Seine-Saint-Denis est durement frappée par la pandémie alors qu'avec 6800 habitants/km2, elle est trois à quatre fois moins dense que Paris.

Et puis de quelle densité parle-t-on ? La densité résidentielle qui désigne le ratio entre le nombre de logements et la surface, hors voies publiques, ou la densité externe, qui désigne le nombre d'habitants par km2 ? Donc crier haro sur la densité n'a aucun sens.


Savez-vous que les bâtiments n'occupent que 18% des sols urbanisés contre 48% pour les routes et les stationnements ? Le mitage pavillonnaire, l'étalement urbain et l'artificialisation des sols qu'il induit sont mortifères pour l'environnement. 


La transition écologique doit être pensée avec la densification urbaine, équilibrée et humaine, et avec les mobilités vertes qui vont des transports publics aux cheminements piétons en passant par le vélo et autres modes doux. 



Est-il encore temps d'adapter le Grand Paris ?

Tous les principes sont là, sous nos yeux, depuis 10 ans. La vision portée par le président Sarkozy est plus que jamais d'actualité. Qu'on soit de gauche, de droite ou du centre, il est difficile de se départir de sa vision originelle de la région-capitale avec ses énoncés puissants : l'ouverture maritime jusqu'au Havre, le modèle urbain désirable, celui des courtes distances entre métro, logement, travail et services, celui d'une approche économiques par pôles d'excellence. 


Relisez son discours de la Cité de l'Architecture visant à replacer l'Homme au cœur de la ville, évoquant le Beau, le Grand, le Juste et le Vrai. Relisez le livre de Christian Blanc. Point par point, la mise en œuvre du projet répond à une vision stratégique du territoire, autant qu'aux fragilités mises en exergue par la crise. Le Grand Paris des transports avec bien. Sur cette base, et plus que jamais, il faut faire le Grand Paris et il faut le faire vite. 

Toutefois, le nouveau contexte nous enjoint à redoubler de vigilance sur les enjeux environnementaux et sociaux et à y apporter des réponses. La crise est une opportunité pour mettre en œuvre un Grand Paris décarboné, soutenable et exemplaire à l'échelle mondiale.


En conclusion...


J'ai la chance d'être entouré de 10 membres du Bureau engagés, qui donnent le meilleur d'eux-mêmes pour le Club. Nous sommes aujourd'hui 130 "amis du Grand Paris", notre enthousiasme et notre passion pour le Grand Paris sont intacts. Je suis fier de notre collectif, fondé sur le partage et sur un sens réel de l'amitié. Que demander de plus ?

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