• Acteurs du Grand Paris

Le Grand Paris vu par les maires qui l’entourent

Michaël Damiati, maire de Crosne (Essonne), Raphaël Cognet et Karl Olive, respectivement maires de Mantes-la-Jolie et de Poissy (Yvelines), ou Jean-François Vigier, maire de Bures-sur-Yvette (Essonne), entendent tous, chacun avec leur vision, prendre pleinement part au développement d’une métropole des projets.

Par Jacques Paquier, directeur de la rédaction du Journal du Grand Paris



Michaël Damiati


“Conserver sa souveraineté et ses prérogatives”

« Nous aurions pu choisir d’intégrer la Métropole, lors de sa création en 2016, mais nous ne l’avons pas souhaité », rappelle Michaël Damiati, maire de Crosne et vice-président de la communauté d’agglomération Val d’Yerre Val de Seine (Cavyvs). Un refus motivé par la crainte de voir sa souveraineté érodée et ses prérogatives en partie transférées à la Métropole.


Au 1er janvier 2016, dans le cadre de la mise en œuvre du Schéma régional de coopération intercommunale (SRCI), les EPCI à fiscalité propre de grande couronne, dont le siège se situe dans l’unité urbaine de Paris, ont été regroupés en ensembles d’au moins 200 000 habitants, sauf dérogation.


Les communautés d’agglomération du Val d’Yerre et du Val de Seine, qui rassemblaient 130 000 habitants pour la première et 100 000 pour la seconde, ont donc fusionné.

Un moindre mal pour Michaël Damiati, qui assure qu’il a conservé l’ensemble de ses compétences d’urbanisme, au premier rang desquelles figure la définition de son plan local d’urbanisme. « Cette prérogative est essentielle, elle doit demeurer de proximité », indique-t-il. « Si vous enlevez cela aux maires, il ne leur reste plus rien », ajoute l’élu.


Le maire de Crosnes souligne la forte attractivité de sa commune, capable d’offrir à la fois un cadre de vie vert et préservé, une taille humaine et la proximité avec des pôles économiques majeurs (Rungis, Orly, Évry, Créteil). Il note, néanmoins, des problèmes importants de circulation liés en grande partie à l’existence d’un unique pont pour traverser la Seine, qui aboutit à des embouteillages monstres matin et soir. Il se félicite, à ce sujet, de la mise en service prochaine du Téléval, téléphérique urbain qui reliera Villeneuve-Saint-Georges à la Pointe du Lac, à Créteil. Michaël Damiati regrette, toutefois, un manque de dialogue entre les institutions, qui crée des frontières étanches entre départements par exemple, au mépris de la réalité des bassins de vie. Il rêve de la poursuite, par Crosne, du réseau de pistes cyclables mis en place dans le Val-de-Marne et qui pourrait, estime-t-il, se poursuivre pour constituer un parcours touristique en Essonne dont sa ville serait le point de départ.



Raphaël Cognet


“L’arrivée d’Eole va comprimer l’espace”

« Le Grand Paris est un concept extrêmement lointain pour moi », indique Raphaël Cognet.

« Et je ne crois pas que la Métropole constitue une réalité tangible pour les habitants. À Mantes, la Région est notre partenaire naturel. En revanche, l’arrivée d’Eole va nous connecter avec l’ensemble des territoires du Grand Paris », se félicite le maire de Mantes. Pour ce jeune élu, qui place le développement économique et l’emploi au cœur de ses priorités, l’arrivée d’Eole va permettre à ses administrés « de gagner du temps, en comprimant l’espace ». L’élu y voit l’opportunité de valoriser un territoire au foncier encore très largement disponible. « Aujourd’hui, nous sommes une poche de pauvreté dans un département et une région riches », note le président de Grand Paris Seine & Oise. L’arrivée du RER E « permettra en outre à nos habitants d’aller consommer dans le Grand Paris, poursuit Raphaël Cognet, au sens large, commercial certes, mais aussi culturel ».



Karl Olive


“Le Grand Paris, c’est une tournure d’esprit”

« Comme Le Corbusier affirmait que l’architecture n’est pas un métier mais une tournure d’esprit, je dirais volontiers que le Grand Paris est un état d’esprit », résume Karl Olive. « Je me considère personnellement au centre du Grand Paris », souligne le maire de Poissy. L’élu s’inscrit dans une logique « gagnant-gagnant », partenariale, et non en opposition ou en concurrence, que ce soit vis-à-vis des autres territoires ou niveaux d’administration. « Quand l’État, la Région ou le Département investissent des millions pour financer de nouvelles lignes de tramway ou de RER, il me semble logique qu’en échange, les élus locaux s’engagent pour densifier les quartiers de gare », estime cet apôtre « de la communication par la solution ». « Le Grand Paris doit constituer un catalyseur pour le développement du bien vivre ensemble », poursuit-il.


Aujourd’hui, Karl Olive se réjouit de voir que toutes demeures mises en vente à Poissy ont trouvé preneur en moins de 15 jours, ce qui n’a pas toujours été le cas. Alors ne lui parlez pas d’une métropole du Grand Paris qui concentrerait les moyens, les regards et les dotations au mépris des territoires plus périphériques : « J’ai toujours dit qu’il fallait être acteur de sa ville et pas spectateur de celle des autres. »


Jean-François Vigier


“Pour une Métropole-Région”

« La Métropole, c’est la Région », déclare d’emblée Jean-François Vigier. Pour le maire de Bures-sur-Yvette, président du groupe UDI à la Région, la MGP « a complexifié l’organisation institutionnelle francilienne ». « Les enjeux clé d’une ville-monde sont le développement économique, le tourisme et la mobilité, trois compétences exercées par la Région », poursuit celui qui présida le Forum métropolitain du GrandParis en 2017. Année au cours de laquelle une réforme du millefeuille francilien était attendue dans le sillage de l’élection d’Emmanuel Macron. « Mais le président a ouvert des débats sur les compétences et la gouvernance, et rien ne s’est passé », constate-t-il. Jean-François Vigier rappelle qu’en 2016, la communauté d’agglomération refusa à l’unanimité d’intégrer la MGP, notamment pour ne pas perdre son autonomie fiscale. Et ne l’a jamais regretté depuis.