• Acteurs du Grand Paris

Des opportunités de chantiers hors norme

De nombreux acteurs de la construction et des travaux publics sont mobilisés sur les chantiers du Grand Paris qui se démarquent, outre par leur taille et leur nombre, par d’importants enjeux en termes environnementaux.


Avec 200 km de lignes automatiques, soit autant que le métro actuel, et 68 gares, le Grand Paris Express est « le plus grand projet urbain en Europe », fait valoir la Société du Grand Paris. Tandis que les quelque 4 000 ouvriers mobilisés sur le Village des athlètes des Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024 en font « le plus grand chantier mono-site de France », affirme la Solideo. En marge de ces deux chantiers géants, de nombreuses autres opérations de plus ou moins grande taille se déroulent dans le Grand Paris, impliquant une mobilisation exceptionnelle des acteurs de la construction et des travaux publics.


Pour Nicolas Rat de Cocquard, directeur adjoint du développement Grand Paris & Île-de-France de Razel-Bec, « le Grand Paris Express est un projet pharaonique, pour lequel nous avons répondu présent, notamment avec nos directions spécialisées souterrains et grands chantiers et ouvrages d’art ». L’entreprise est en effet impliquée dans les chantiers de la ligne 14 sud dont des gares, ceux d’Eole porte Maillot, de la ligne 15 est, de la ligne 18 et en groupement 100 % Fayat sur la ligne 16 lot 3. « Nous réalisons pratiquement la moitié de notre activité en Île-de-France tous métiers confondus », observe Philippe Coffineau, directeur du développement et des relations institutionnelles de GCC, qui intervient en promotion immobilière, construction d’équipements publics, de rénovation énergétique, réhabilitations lourdes et bâtiments fonctionnels. « Il n’y a pas de comparaison possible ailleurs en France en termes de dynamique », ajoute-t-il.


« Très belles opportunités »

Pour Benoît Lange, directeur commercial de Bouygues TP, « ce sont des chantiers qui sont d’une taille extraordinaire au sens propre du terme en France », qui offrent de « très belles opportunités pour les entreprises et les salariés car il fallait auparavant s’expatrier pour faire un chantier de cette ampleur en matière de souterrain ». Son entreprise a notamment réalisé un des lots de l’extension de la ligne 14 du métro au nord, creuse le tunnel d’Eole entre La Défense et Saint-Lazare et deux sections de la ligne 15 sud du Grand Paris Express. « Tous ces projets, c’est une belle opportunité, ils nous permettent de développer notre business », relève Nabil El Khedri, secrétaire général de Loxam. « Quand il y a des besoins d’engins, on parle de dizaines pour certains chantiers. »


Participer au Grand Paris Express « s’est imposé comme une évidence », déclare Diane Mérand, directrice des relations institutionnelles du groupe Demathieu Bard, impliqué sur plusieurs lignes et ouvrages du grand projet et dont le métier historique est le génie civil. « En termes économiques, ce sont des volumes conséquents pour les entreprises de TP », poursuit-elle.Organisations spécifiques au Grand Paris La création de Paname TP, qui loue des engins et des camions de travaux publics avec chauffeur, illustre l’opportunité que le développement de l’Île-de-France représente. Originaire du Massif Central, ses créateurs géraient une entreprise de location à Montpellier. « En 2017, on a vu l’accélération des projets et nous avons donc décidé de la création d’une entreprise pour répondre aux besoins des chantiers du Grand Paris Express », raconte Nicolas Prunières, l’un des fondateurs de Paname TP. Aujourd’hui, l’activité représente 100 camions avec 100 emplois temps plein et une activité qui s’est élargie à d’autres chantiers que le futur métro.


D’autres acteurs ont mis en place des organisations spécifiques, notamment parmi les majors. Ainsi Bouygues TP a lancé un dispositif dédié qui a permis de répondre à quelques dizaines d’appels d’offres de la Société du Grand Paris depuis quatre à cinq ans. « Nous avons formé des gens et mis en place une équipe adaptée car il n’y a jamais eu autant de travaux souterrains en France », remarque Benoît Lange.


Hervé Di Rosa, directeur du développement commercial de Vinci Construction France, indique pour sa part que les projets emblématiques de type Grand Paris Express ou les JOP sont « des dossiers tellement gros qu’ils nécessitent une organisation ad hoc ». Pour le futur métro, l’entreprise a donc également mis en place une équipe dédiée pour les études, le design et les travaux.


Le défi de l’emploi


La réponse à ces chantiers présente donc un défi important en termes d’emploi. « Les enjeux sont essentiellement humains car le Grand Paris est générateur d’emplois », explique Nicolas Rat de Cocquard. Razel Bec, qui regroupe différents métiers, s’est organisé pour sourcer et faire venir les talents. « En parallèle, des passerelles ont été mises en place pour développer la mobilité, fidéliser et répondre à la demande de postes parfois très spécifiques », ajoute-t-il.


Pour Alain Girard, directeur général du groupe Legendre, « l’enjeu le plus prégnant est l’insertion », pour laquelle l’entreprise choisie pour un des lots du Village olympique « mobilise beaucoup d’énergie pour être au rendez-vous ».


De forts enjeux environnementaux


C’est toutefois plus souvent la question environnementale qui revient dans les échanges avec les acteurs de la construction et des TP comme le sujet central. Après la sécurité et l’intégrité physique des équipes et de l’ensemble des intervenants, Hervé Di Rosa place en effet le sujet climatique comme un enjeu central : « Réduction des émissions de CO2, utilisation de matériaux vertueux, optimisation de l’utilisation des ressources naturelles, économie circulaire, préservation de la biodiversité... Nous devons construire des objets exemplaires et durables. » La commande publique, avec des exigences de performance énergétique et le recours aux marchés globaux de performance, dispose d’un « levier environnemental important, associé à des demandes de garanties exigeantes, le niveau de jeu est très élevé », poursuit le directeur. Les objectifs de réemploi et d’économie circulaire deviennent aussi des normes de plus en plus courantes.


« Les acteurs demandent des solutions moins émettrices de CO2 et qui font moins de bruit, précise le secrétaire général de Loxam. Nous avons eu plus d’écho auprès de nos clients en apportant des machines alternatives répondant à ces besoins. » Paname TP a, pour sa part, pris la décision d’avoir 100 % de son parc qui répond au critère Euro 6, « un choix qui a un impact direct sur l’environnement », note Nicolas Prunières. L’entreprise a aussi monté un partenariat avec Eiffage Génie civil pour investir dans la construction d’un camion au gaz fabriqué par Volvo Trucks ; 15 véhicules de ce type sont aujourd’hui déployés sur un macro-lot de la ligne 16.


Innover pour réduire l’impact


Ces demandes environnementales conduisent en effet les acteurs du secteur à innover. GCC développe par exemple, en lien avec la société Hoffmann, un ciment décarboné qui commence à être déployé. L’entreprise est très impliquée aussi dans la construction bois avec la livraison de l’immeuble « Curve » pour BNP à Saint-Denis et l’opération « Arboretum » à Nanterre.


« Nous travaillons beaucoup sur le béton bas carbone produit sur les chantiers pour avoir un bilan carbone plus intéressant et un impact sur l’environnement plus faible », rapporte aussi Alain Girard. « Ces grands projets sont une opportunité d’avancer plus rapidement vers des innovations et la transition écologique », considère Nabil El Khedri, dont la société réfléchit à l’usage de « matériels innovants pour offrir des alternatives aux moteurs thermiques ».


Une dynamique fragile


La question est désormais de savoir si la « très forte dynamique sur ce territoire », constatée par Philippe Coffineau, va se maintenir avec la crise sanitaire. Le directeur du développement et des relations institutionnelles de GCC ne semble pas inquiet, notamment avec le développement des quartiers autour des gares du Grand Paris Express et la dynamique des JOP de 2024.


Benoît Lange de Bouygues TP pointe, lui, les quatre méga contrats à venir des tronçons ouest et est de la ligne 15, dont chacun constituera « un morceau consistant à avaler et occupera entre cinq et dix ans ».


Des inquiétudes émergent toutefois : « Nous sentons une période de flottement pour nos clients collectivités. Élections à rallonge, crise sanitaire, incertitudes budgétaires… des problématiques auxquelles s’ajoutent les questions justifiées et fondamentales de réchauffement climatique, d’économie circulaire, de nouveaux usages de l’espace public, de nouvelles technologies, de sécurité et de renouvellement des infrastructures…, remarque Nicolas Rat de Cocquard. Dans ce contexte, les collectivités n’hésitent plus à réfléchir ou même faire autrement ! » « Il y a des beaux projets à venir sur la région, même si la dynamique a été ralentie par la crise sanitaire et les élections, et que les délais d’obtention de permis de construire ont pour partie été allongés », confirme Diane Mérand. Nabil El Khedri fait part de « craintes pour l’an prochain et l’année suivante », avec les retards enregistrés sur les permis de construire et les programmes en 2020, la crise ayant finalement peu impacté les projets déjà avancés. Il estime toutefois que la dynamique va reprendre au-delà.


L’effet Covid se fait plutôt ressentir sur le prix des matériaux et les délais d’approvisionnement, signale le directeur général du groupe Legendre qui n’anticipe pas non plus de baisse de la demande. « Nous allons cumuler un problème de surcoût des fournitures et une pénurie, ce qui aura un impact sur le coût des chantiers pour les entreprises, insiste-t-il. Il va falloir que tout le monde se mobilise pour prendre en charge ces coûts, avec un risque d’impact sur les délais. »


Enfin, quel sera « l’effet de la crise sanitaire sur le comportement des salariés avec le télétravail ? » est la question que pose Hervé Di Rosa, qui observe que « plusieurs projets de bureaux sont en lévitation » actuellement. Le responsable de Vinci Construction France n’est toutefois « pas très inquiet sur l’avenir, le plan de relance va certainement impulser une très bonne dynamique sur le marché, autant d’opportunités pour créer de la valeur collectivement ».