• Acteurs du Grand Paris

Interview de Laurent Girometti, directeur général EpaMarne-EpaFrance

« Climat, mobilité, cohésion, santé, nature et innovation : notre projet stratégique repose sur 6 défis »


Directeur général d’EpaMarne-EpaFrance, Laurent Girometti fait le point sur l’actualité et le devenir d’un territoire de l’est parisien, trois fois plus étendu que la Capitale, pour lequel les aménageurs publics souhaitent construire un avenir équilibré, résilient, inclusif et durable.


Propos recueillis par Le Mag


De votre point de vue, comment a évolué l’approche des aménageurs publics sur leurs territoires d’intervention ?


Le territoire d’intervention d’EpaMarne-EpaFrance compte 44 communes situées entre 10 et 35 kilomètres à l’est de Paris. Historiquement, les deux EPA ont eu pour mission l’aménagement de la ville nouvelle de Marne-la-Vallée né, à la fin des années 1960, de la volonté politique d’un développement équilibré à l’échelle francilienne, fondé sur une vision polycentrique.


Beaucoup d’eau a, depuis, coulé sous les ponts de la Marne. Le territoire d’action élargi à l’ouest, au nord et au sud de Marne-la-Vallée – et peut-être bientôt à l’est – offre une grande variété de potentialités : des développements nouveaux sur des réserves foncières anciennes, comme à Bussy-Saint-Georges et au Val d’Europe, une intensification de secteurs ayant connu une première phase d’aménagement revivifiés par l’arrivée du Grand Paris Express, comme à Champs-sur-Marne, des interventions dans un tissu urbain constitué et parfois balafré, comme le long des emprises de l’ancienne VDO, dans le Val-de-Marne...


Les relations avec les collectivités ont été transformées ?


La méthode de travail est désormais aux antipodes de celle des années 70 à 90. Au départ uniquement bras armés de l’État, EpaMarne-EpaFrance sont aujourd’hui des opérateurs partagés avec les collectivités, avec lesquelles deux filiales SPLA-IN ont été créées : Noisy-Est, constituée avec Noisy-le-Grand et dont la Métropole du Grand Paris vient d’entrer à l’actionnariat, et M2CA avec la Communauté d’agglomération Paris-Vallée de la Marne et la ville de Chelles. Le projet stratégique et opérationnel des établissements, qui repose sur nos 6 défis – climat, mobilité, cohésion, santé, nature et innovation –, a d’ailleurs été élaboré dans le consensus et adopté à l’unanimité des deux CA en décembre dernier.


Le périmètre des EPA est vaste… Trois fois la surface de Paris ! Quels en sont les dénominateurs communs ?


Selon moi, deux armatures majeures structurent le territoire depuis l’origine. Celle, très puissante, des infrastructures de transport : autoroute A4, RER A et E, demain Grand Paris Express, mais lien aussi avec tout le territoire national et avec l’international, via la gare TGV de Marne-la-Vallée-Chessy et la proximité des aéroports. Et celle, tout aussi forte, d’une trame verte et bleue pensée et respectée, dans laquelle les développements urbains sont venus s’insérer.


La crise du Covid bouscule le rapport à la ville. Comment s’adapte le modèle urbain développé par les EPA ?


Les atouts de cette « première couronne et demie » peuvent en faire un compromis gagnant dans un monde d’après Covid-19 axé sur la proximité, les aménités, la qualité de vie, l’équilibre habitat-emploi. Ainsi, la qualité de vie plébiscitée par les habitants s’appuie notamment sur l’omniprésence des espaces verts qui accompagnent systématiquement les nouveaux quartiers. Dans les cinq prochaines années, les parcs du Sycomore et du Mont Evrin, à Bussy-Saint-Georges et Montévrain, offriront ainsi plus de 30 hectares supplémentaires de respiration.


Le rapport à l’espace rural a été préservé, comme le montre la ceinture agricole de la Communauté d’agglomération de Marne et Gondoire. L’EPA compte jouer un rôle moteur dans une véritable stratégie de développement d’une agriculture bio, inscrite dans le tissu local et interagissant avec la ville. Le cœur agro-urbain de l’écoquartier de Montévrain en est la première pierre, un second projet à Bussy-Saint-Martin est en cours de montage, plus de 100 hectares sont identifiés.


La crise est aussi très importante d’un point de vue économique. Ne risque-t-elle pas d’affaiblir les développements futurs ?


En matière économique, le territoire est très recherché pour sa desserte et un leader pour l’accueil de PME et l’entreprenariat. Le concept de Ville Productive, sur lequel nous travaillons par exemple à Champigny-sur-Marne, sera sans doute encore plus pertinent dans le contexte de sortie de crise.


Un tissu économique diversifié sera gage de solidité, sans renier nos locomotives touristiques. Le territoire ne serait pas ce qu’il est sans Disney, notre partenaire depuis plus de 30 ans avec la Communauté d’agglomération du Val d’Europe. Nous sommes et serons à leurs côtés.


Quels sont les mutations que vous envisagez pour « le monde d’après Covid » ?


Comme toutes les crises, celles du Covid-19, peut se révéler un accélérateur de solutions et, paradoxalement, contribuer à résoudre des faiblesses. Je vois un premier risque pour le développement du territoire d’intervention d’EpaMarne-EpaFrance avec la saturation des transports, corollaire de l’excellence de sa desserte. L’explosion du télétravail, l’adaptation des horaires, le lissage des déplacements dans le temps pourraient permettre de retrouver de la fluidité et d’oser, pourquoi pas, franchir le pas sur des mesures de gestion innovante de l’autoroute.


Par ailleurs, la structuration par la voiture a doté le territoire d’un réseau de voies largement dimensionnées. Conjugué à la démocratisation de l’assistance électrique pour se jouer des reliefs, il constitue une base très intéressante pour promouvoir les déplacements à vélo.

L’après-Covid devrait consacrer la ville des courtes distances. Nous avons tout ce qu’il faut pour la réussir !